Xénotransplantation : les réactions immunitaires étudiées chez un patient en état de mort cérébrale

Publié le 21 novembre 2025
Xénotransplantation : les réactions immunitaires étudiées chez un patient en état de mort cérébrale
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Afin de mener une étude sur la réponse immunitaire à la xénogreffe d’un rein de porc, des scientifiques du CHU de Langone Health de l’université de New York ont eu recours à une transplantation sur un patient en état de mort cérébrale, après que sa famille a consenti à donner son corps à la recherche (cf. Xénotransplantation : un homme en état de mort cérébrale reçoit un poumon de porc). Selon les chercheurs, le rein a fonctionné normalement pendant 61 jours. Les résultats de cette étude ont été publiés dans la revue Nature[1].

En plus du rein, une greffe de thymus pour une réaction réduite du système immunitaire

Le patient, âgé de 57 ans, avait subi une néphrectomie. En plus du rein, l’équipe a greffé au patient le thymus de l’animal[2]. Situé dans la partie supérieure du thorax, entre les poumons, c’est un organe essentiel du système immunitaire[3]

La transplantation de tissu thymique en même temps que l’organe de remplacement avait pour but de réduire la réaction immunitaire contre le rein greffé.

Une analyse poussée

Les chercheurs ont réalisé une analyse multi-omique de la transplantation, qui intègre les informations relatives au génome, mais aussi à l’expression des gènes, ou encore aux protéines afin d’obtenir une compréhension holistique des mécanismes complexes à l’œuvre. Selon eux, un tel niveau de compréhension des mécanismes du système immunitaire n’aurait pas pu être atteinte avec un patient vivant. Ils ont même réussi à observer le rejet de greffe grâce à des « photos instantanées » (« snapshots »).

« Dans notre recherche, nous avons obtenu un nombre sans précédent d’échantillons de tissus, de sang et de fluides chez le receveur, ce qui nous a permis de suivre l’évolution des modifications immunologiques », indique le Pr Megan Sykes.

Une réaction de rejet surmontée

Au bout de 33 jours, les chercheurs ont noté une augmentation brutale de la créatinine sérique[4].

Les scientifiques ont pu montrer que ce sont les lymphocytes T du patient, présents avant la transplantation, qui étaient responsables de l’attaque du rein de porc. L’épisode de rejet a pu être traité « avec succès », en éliminant temporairement les lymphocytes T du receveur.

Moins de modifications génétiques nécessaires ?

Les chercheurs se réjouissent du « premier travail d’observation sur le long terme de la réaction immunitaire face à une xénotransplantation de rein porcin sur un humain ».

Finalement, la « modification génétique poussée » de l’organe de porc ne serait peut-être pas aussi importante que le contrôle de la réponse des lymphocytes T préexistants du receveur chez les patients ne présentant pas de taux élevés d’anticorps avant la transplantation. Or « les organes porcins peu modifiés sont également plus faciles à produire ».

« Les réactions immunitaires spécifiques révélées par notre étude fournissent des cibles claires chez le porc et chez l’homme pour des thérapies visant à améliorer le succès de la xénogreffe », affirme le Dr Brendan Keating, auteur de l’étude et membre du corps professoral du département de chirurgie de la NYU Grossman School of Medicine. Le scientifique précise toutefois que « des études complémentaires sur d’autres personnes décédées et sur des patients vivants sont nécessaires pour confirmer ces résultats » (cf. Xénotransplantation : les essais cliniques démarrent).

[1] Montgomery, R.A., Stern, J.M., Fathi, F. et al. Physiology and immunology of pig-to-human decedent kidney xenotransplant. Nature (2025). https://doi.org/10.1038/s41586-025-09847-6

Eloi Schmauch et al, Multi-omics analysis of a pig-to-human decedent kidney xenotransplant, Nature (2025). DOI: 10.1038/s41586-025-09846-7

[2] Les organes ont été fournis par Revivicor, une filiale de la société United Therapeutics

[3] Il participe à la production des lymphocytes T, aussi appelés « cellules T », (T étant l’abréviation de « thymus »). Ces cellules sont un type de leucocytes présents dans tous les organes du corps. Elles ont pour fonction de détruire les cellules porteuses d’un virus et les cellules cancéreuses.

[4] Un phénomène associé à un rejet médié par des anticorps et à une augmentation des immunoglobulines de type G (IgG) spécifiques du donneur, qui sont une classe d’anticorps.

Sources de la synthèse de presse : Medical Xpress, NYU Langone Health, (13/11/2025) ; Pourquoi Docteur, Geneviève Andrianaly, (15/11/2025)