Lancement du « plan fertilité » : le leurre de la PMA
Le 5 février, le ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées a annoncé la tenue de la première réunion du comité de pilotage du « plan fertilité »[1]. Ce comité est co-présidé par Salomé Berlioux et le professeur Samir Hamamah, déjà auteurs du précédent rapport sur le sujet, qui accompagneront la ministre dans la mise en œuvre du plan (cf. Infertilité : un rapport recommande l’information et la prévention).
Seize mesures « concrètes »
Cette réunion officialise le lancement d’un plan qui se veut « structuré » et doté de « mesures concrètes ».
Seize mesures sont organisées autour de 4 axes : « sensibiliser et prévenir », « détecter précocement et mieux diagnostiquer l’infertilité », « prendre en charge : améliorer, élargir et mieux informer sur l’assistance médicale à la procréation » et « faire de la France un leader dans la recherche et l’innovation sur la fertilité ».
Le ministère a, en parallèle, indiqué travailler sur la santé périnatale et maternelle, alors que la France présente des taux de mortalité infantile et maternelle « nettement supérieurs à nombre de voisins européens »[2].
Informer… trop tard ?
Le premier enjeu est donc d’informer. L’Exécutif annonce « la création d’un portail national de référence sur la santé reproductive et la fertilité ». Il est également prévu de diffuser « une information ciblée, équilibrée et scientifiquement fondée, sur la santé sexuelle et reproductive, à destination de l’ensemble des Français, à l’âge de 29 ans pour éviter le « si j’avais su » ».
« Alors que l’âge de 30 ans est déjà celui d’une baisse de la fertilité des femmes, comment le gouvernement peut-il espérer que l’envoi d’un sms, qui plus est à 29 ans, c’est-à-dire tardivement, pourrait changer quelque chose dans la trajectoire procréative des jeunes adultes ? » interroge le Syndicat de la famille[3]. « En outre, comment ce message sera-t-il reçu et vécu sachant qu’il viendra parfois percuter la souffrance intime de la solitude ou d’une difficulté déjà identifiée à concevoir un enfant en raison d’une pathologie de la fertilité ? »
« Cette démarche vise à renforcer le pouvoir d’agir des jeunes adultes, sans injonction ni pression sociale » tente d’expliquer le ministère. Le portail contiendra « donc logiquement » des informations sur la « santé sexuelle » et la contraception, précise-t-il. Pour lutter contre l’infertilité, le gouvernement prévoit donc -entre autres mesures – de promouvoir la contraception. Une initiative d’autant plus surprenante que la prise de la pilule contraceptive peut retarder le diagnostic de causes d’infertilité comme l’endométriose ou le syndrome des ovaires polykystiques.
La PMA comme seule réponse
L’information délivrée « rappellera également que la fertilité est un enjeu partagé entre les femmes et les hommes et que les possibilités d’autoconservation des gamètes existent, sans qu’elles soient une solution miracle », précise le communiqué ministériel. Une mesure qui interroge là encore. Evoquer l’autoconservation des gamètes veut dire orienter vers des parcours de procréation médicalement assistée aux taux d’échec élevés. Le Dr Joëlle Belaisch-Allart, ancienne présidente du CNGOF, le souligne d’ailleurs : les femmes y compris en couple, voire mariées, ont de plus en plus recours à cette auto-conservation, reportant ainsi une grossesse qui n’arrivera peut-être jamais (cf. Autoconservation des ovocytes, « la désillusion sera souvent au rendez-vous »). « On ne sait pas préserver la fertilité, on sait conserver des ovocytes », soulignaient les Centres d’étude et de conservation des œufs et du sperme humains (CECOS) auditionnés par la mission d’information sur la baisse de la natalité (cf. Mission d’information sur la baisse de la natalité : la révision de la loi de bioéthique débute en toute discrétion).
Alors pourquoi faire la promotion de cette pratique déjà en pleine expansion ? Serait-ce qu’il existe des intérêts financiers ? La ministre Stéphanie Rist indique vouloir lancer une réflexion sur « l’ouverture au privé lucratif de l’autoconservation des ovocytes, sans remettre en cause la gratuité du don »[4] (cf. Révision de la loi de bioéthique : vers une « indemnisation » des donneurs de gamètes ?). Trente centres d’autoconservation des ovocytes doivent être déployés d’ici 2028, s’ajoutant aux 40 existants, précise le plan.
La ministre veut en outre « lancer les travaux pour un système national de gestion des dons de gamètes et d’embryons, en lien avec les professionnels de terrain, notamment les centres de don ».
Face à l’infertilité, la PMA est ainsi la première prise en charge proposée. Pourtant d’autres solutions existent (cf. Lutte contre l’infertilité : l’intérêt de l’enfant oublié ? ; Endométriose : Caroline conçoit deux enfants grâce à la Naprotechnologie), et la PMA ne résout rien, elle ne « traite » pas l’infertilité, elle n’est qu’un palliatif.
Un prétexte pour promouvoir le DPI-A ?
Le Collectif BAMP, qui s’auto-proclame « voix des personnes concernées par l’infertilité », se réjouit d’être lui-aussi intégré au comité de pilotage national du plan fertilité[5].
Le lobby saisit toutes les occasions pour faire la promotion d’une AMP qu’elle qualifie de « moderne » : rencontres de la biomédecine (cf. PMA : à la recherche d’une nouvelle « baguette magique » ?), OPECST (cf. « Le don de produits du corps humain » : une audition de l’OPECST pour promouvoir. Et interroger ?), mission parlementaire sur la baisse de la natalité (cf. Mission d’information sur la baisse de la natalité : la révision de la loi de bioéthique débute en toute discrétion). Un de ses objectifs de longue date est de faire autoriser le diagnostic préimplantatoire des aneuploïdies, au motif qu’il éviterait les fausses couches[6]. Pourtant, nombreuses sont les études qui viennent contredire cette affirmation (cf. Aneuploïdie et fausses couches : des études solides, des conclusions hâtives ?).
Le collectif promeut aussi, entre autres, le don de gamètes et l’auto-conservation par les centres privés ainsi que la PMA post-mortem (cf. L’ANDDE : une association militante qui veut peser sur la prochaine loi de bioéthique). S’agit-il toujours de répondre à l’infertilité ? Ou d’utiliser une politique de santé publique comme marchepied de mesures « sociétales » ?
D’autres facteurs à explorer ?
Si le ministère veut véritablement combattre l’infertilité, ne faut-il pas qu’il s’attaque à ses causes profondes ? Les facteurs sont d’abord « sociétaux, économiques et comportementaux » explique Patrick Gerland, chef du département des projections démographiques des Nations unies [7]. Les questions de l’emploi, du logement et de la possibilité de concilier vie professionnelle et vie familiale sont désormais déterminantes (cf. Olivier Rey : « Défécondité, pourquoi nous avons perdu le désir de donner la vie »).
Il existe aussi des causes environnementales, comme le pointe notamment Niels Skakkebaek, chercheur à l’université de Copenhague : « la prospérité liée à l’industrialisation a un prix, à savoir la pollution industrielle ». L’universitaire a contribué au développement d’un indicateur, le « taux global de grossesses sans assistance », qui évalue le nombre total de grossesses conçues de manière naturelle. Il tient compte des naissances vivantes et des avortements, mais pas des naissances obtenues après une PMA[8]. Une piste dont la France pourrait se saisir afin de proposer des réponses adaptées, sans viser la satisfaction des besoins d’un marché.
[1] Lancement de la première réunion du comité de pilotage du plan fertilité et des travaux ministériels sur la santé périnatale et maternelle, Communiqué de presse du ministère de la Santé, des Familles, de l’Autonomie et des Personnes handicapées de France (05/02/2026)
[2] AFP (05/02/2026)
[3] Le Syndicat de la famille, Fertilité : un plan gouvernemental décevant, communiqué de presse (05/02/2026)
[4] Le Figaro, Pour relancer la natalité, le gouvernement va envoyer une lettre à tous les Français de 29 ans, Soline Roy (05/02/2026)
[5] BAMP !, Lancement du plan fertilité : une avancée majeure pour la santé publique
[6] BAMP !, Manifeste de l’association
[7] Le Monde, Delphine Roucaute, Baisse de la natalité : quel est le poids de l’infertilité ? (24/01/2026)
[8] Evidence that declining human fecundity contributes to the fertility crisis, Lindahl-Jacobsen, Rune et al., Fertility and Sterility, Volume 125, Issue 2, 218 – 226