Euthanasies « non-réglementaires » au Canada : un médecin « condamné » à une supervision

Publié le 1 juin 2026
Euthanasies « non-réglementaires » au Canada : un médecin « condamné » à une supervision
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Les médecins qui pratiquent des euthanasies au Canada sont-ils suffisamment encadrés ? Que se passe-t-il en cas de non-respect avéré de la procédure ?

A London, en Ontario, le Dr Maclean fait l’objet de deux plaintes. Un évaluateur indépendant a estimé qu’il n’avait « pas respecté les normes » de cette pratique. Loin d’être jugé ou même suspendu, le Dr Maclean a été soumis à une « supervision » pendant six mois.

Un patient évalué devant un café, un autre qui recommence à respirer au cours de la procédure

La première plainte concerne son évaluation de Thomas Dillon, un patient de 45 ans atteint d’une maladie inflammatoire de l’intestin avec des antécédents de troubles psychiques. Thomas Dillon était contraint de dépendre de sa famille pour être logé et recevoir une aide financière.

Le Dr Maclean l’aurait rencontré en juin 2023 devant un café, échangé avec lui une douzaine de messages en ligne, puis le médecin a estimé que cet homme remplissait les conditions prévues dans le cadre de la « voie 2 », une procédure prévue pour les patients dont le décès n’est pas « raisonnablement prévisible ».

En janvier 2024, le Dr Maclean a conduit lui-même son « patient » jusqu’à un centre d’euthanasie où il lui a administré la dose létale (cf. Canada : une femme de 84 ans se voit proposer une euthanasie à son arrivée aux urgences).

La deuxième plainte a été déposée à la suite d’une procédure d’euthanasie à domicile. Le Dr Maclean aurait administré une dose létale au patient, constaté son décès puis quitté le domicile avant de revenir, le patient ayant recommencé à respirer. Le médecin devait administrer trois substances, et il en aurait oublié une.

« Condamné » à une supervision

Le Dr Ramona Coelho, médecin généraliste et ancienne membre du comité d’examen des décès liés à l’« aide médicale à mourir » (AMM) en Ontario, relève que « ce qui est frappant, ce n’est pas seulement la gravité des problèmes mis en évidence dans ces cas, mais aussi la faiblesse de la réponse réglementaire » (cf. Au Canada, des euthanasies illégales en toute impunité).

Dans le cadre d’une enquête menée par le Collège des médecins et chirurgiens de l’Ontario (CPSO), un évaluateur indépendant a examiné plus de 20 dossiers concernant la pratique du Dr Maclean, et en a conclu que le médecin « n’avait pas respecté les normes de pratique de la profession, avait fait preuve d’un manque de jugement et que sa conduite exposait ou était susceptible d’exposer les patients à un préjudice dans cinq des vingt dossiers examinés ».

Le Dr Maclean pourra néanmoins continuer de pratiquer des euthanasies à condition de se soumettre à une « supervision clinique » pendant au moins six mois. Il devra également suivre une « formation professionnelle » portant sur l’« aide médicale à mourir », le consentement, la documentation, les limites professionnelles et la déontologie (cf. Ontario : 65 euthanasies pratiquées le jour de la demande en 2023, 154 le lendemain).

L’inquiétude de médecins canadiens

De nombreux médecins et les spécialistes du droit de la santé au Canada mettent en garde depuis des années contre l’expansion constante de l’« aide médicale à mourir », qui échappe aux mécanismes de contrôle prévus par la législation en vigueur (cf. « Aide médicale à mourir » : l’Alberta veut réintroduire des garde-fous).

Dans un article académique de 2023, un collectif de médecins interroge les circonstances de nombreux décès dus à une AMM[1]. Il cite notamment le cas d’un homme euthanasié en raison d’un « handicap auditif et cognitif » accompagné d’« épisodes dépressifs récurrents » et celui d’une femme euthanasiée après avoir subi une commotion cérébrale (cf. Canada : une étude de Cambridge alerte sur l’ « aide médicale à mourir »)

La mort est proposée comme une option aux personnes qui ont besoin de soins médicaux suivis. Ainsi, « une ancienne militaire et athlète paralympique, qui tente depuis cinq ans, en vain, de faire installer une rampe d’accès pour fauteuil roulant chez elle, a témoigné du fait que son assistante sociale lui avait proposé l’aide médicale à mourir » (cf. Sans logement adapté, une femme handicapée demande l’« aide médicale à mourir » ; Les partisans de l’euthanasie veulent briser le tabou de la mort, aux dépens des vivants).

L’inéluctable élargissement des critères

Malgré une opposition croissante, les critères d’admissibilité à l’« aide médicale à mourir » devraient être élargis le 17 mars 2027 afin de permettre l’euthanasie aux personnes souffrant uniquement d’une maladie mentale (cf. « Aide médicale à mourir » : plus de 90 associations canadiennes s’opposent à l’élargissement aux troubles mentaux). Et les partisans canadiens de l’euthanasie plaident actuellement en faveur d’un élargissement des critères d’admissibilité à l’« aide médicale à mourir » aux mineurs (cf. Pays-Bas : l’euthanasie autorisée pour les enfants de moins de 12 ans ; Lobbying pro-euthanasie : décryptage de stratégies au niveau européen et national).

[1] Coelho R, Maher J, Gaind KS, Lemmens T. (2023). « The Realities of Medical Assistance in Dying in Canada. » Palliative & Supportive Care, Cambridge University Press. DOI: 10.1017/S1478951523001025

Sources de la synthèse de presse : National Post, Sharon Kirkey (25/05/2026) ; Irish Sun, Gemma Scerri (28/05/2026) ; The Federalist, Chris Bray (27/05/2026)