Jean-François Delfraissy : la « vraie question » de la révision de la loi de bioéthique sera celle des tests génétiques
Ce mercredi, le président du Comité consultatif national d’éthique, Jean-François Delfraissy, était auditionné par la Commission des affaires sociales du Sénat. Les Etats généraux de la bioéthique ont en effet été lancés il y a quelques mois et le bilan est attendu au mois de juin prochain (cf. Etats généraux de la bioéthique : un« débat démocratique » livré aux mains des militants). Le CCNE rendra également un avis, au mois de novembre.
Jean-François Delfraissy explique que la période actuelle est propice à la tenue des Etats généraux, avant la campagne présidentielle, afin de donner des « directions ».
Une fuite en avant éthique
Plusieurs sujets ne manqueront pas de figurer dans la loi : recherche sur les cellules souches embryonnaires à la demande des « scientifiques » (cf. Cellules iPS : « relever le défi d’une recherche d’excellence responsable »), intelligence artificielle et santé – une « vraie révolution », PMA avec notamment la technique de la ROPA[1], xénogreffes, ou encore tests génétiques (cf. Tests génétiques : une audition dans la discrétion).
Le président du CCNE indique être favorable à la généralisation de tests génétiques préconceptionnels. Une position qu’il a d’ailleurs affirmée lors d’un colloque dédié au sujet le 19 mars dernier (cf. « Génétique et Société » : autoriser le dépistage préconceptionnel au nom de la science ?). Le dépistage génétique préconceptionnel est la « vraie question que vous allez avoir », affirme-t-il aux parlementaires (cf. Lois de Bioéthique : « une obligation d’éducation et d’instruction » qui éclaire, ou aveugle ?), reconnaissant qu’elle soulève celle de l’eugénisme (cf. L’eugénisme : une pratique interdite… mais florissante). Mais Jean-François Delfraissy défend pourtant l’idée qu’il s’agirait de « prévention ». Supprimer des embryons porteurs de pathologies permettrait de « prévenir » ces maladies ? (cf. « Faute de savoir soigner, on s’autorise à sélectionner »)
Quelles priorités pour la société ?
Le président du CCNE a également évoqué les « enjeux économiques ». L’éclairage économique est important, considère-t-il, précisant qu’une économiste de la santé est membre du comité. Il faut s’interroger, estime Jean-François Delfraissy : quel chemin empruntons-nous pour l’avenir de la Nation ? « Les soins que nous réservons à la population vieillissante se font-ils au détriment des plus jeunes ? »
Mais n’est-ce pas du devoir de la société de prendre soin des plus fragiles, y compris quand c’est le grand âge qui cause leur vulnérabilité ? S’agirait-il de faire des économies en écourtant des vies ? (cf. Fin de vie : l’angle mort des questions économiques et sociales)
Interpellé sur l’examen par le Parlement des propositions de loi relatives à la fin de vie, le président du CCNE déclare laisser le temps du « choix politique » (cf. Fin de vie : « certaines lignes, une fois franchies, ne se redessinent jamais »). Toutefois le CCNE n’exclut pas d’intervenir si « la copie finale est très éloignée de l’avis qu’il a remis sur le sujet » (cf. Audition au Sénat : le président du CCNE justifie le suicide assisté).
Que ce soit sur la fin de vie comme sur les autres sujets qui convoquent la bioéthique, la position du comité est simple : avancer, repousser les limites, élargir les cadres (cf. Audition de Jean-François Delfraissy : pour un CCNE « en mouvement » ; 30 ans de lois de bioéthique : « changeons la règle pour rester en règle »). Toujours dans le sens d’un « progrès » éthique ? Rien n’est moins sûr.
[1] Réception de l’ovocyte de la partenaire : un embryon est fabriqué avec l’ovocyte d’une femme puis implanté chez sa conjointe