Ultime Liberté : douze militants condamnés avec sursis
La 31e chambre du tribunal correctionnel de Paris a rendu vendredi 9 janvier sa décision dans le procès des douze militants de l’association Ultime Liberté (cf. Ultime liberté : jusqu’à 18 mois de prison avec sursis requis contre des militants qui ont « choisi de dicter leur propre loi »). Tous ont été condamnés pour avoir permis, entre août 2018 et novembre 2020, à « des dizaines de personnes », « malades ou non », de se procurer du pentobarbital, un barbiturique interdit à la vente et entrainant la mort.
Agés de 75 à 89 ans, les prévenus étaient poursuivis pour trafic de substances illicites et non pour incitation ou aide au suicide, alors que le suicide assisté est pourtant illégal en France.
Des peines de prison avec sursis
Les peines retenues vont de 2.000 euros d’amende, dont la moitié avec sursis, à dix mois de prison avec sursis, condamnation prononcée à l’encontre de Claude Hury, professeur retraitée et fondatrice de l’association, dont les magistrats ont dénoncé l’« amateurisme dans l’accompagnement » de personnes demandant à mourir.
Bernard Senet, médecin qui indique avoir aussi pratiqué des euthanasies durant sa carrière, a quant à lui été condamné à six mois de prison avec sursis. Il s’est « comporté en militant et non plus en médecin » et a « franchi une limite non acceptable en répondant à la demande [de commande de pentobarbital] de personnes qu’il ne connaissait pas et qui n’étaient pas ses patients » souligne le tribunal.
« Extrémisme de positionnement »
Les magistrats ont également sanctionné « l’extrémisme du positionnement » de Patrice Bernardo, Guy Lechartier et François Galichet, trois membres historiques de l’association qui « ont assumé à la barre une philosophie de liberté de mettre fin à ses jours sans condition, notamment d’âge ou de maladie ». Tous ont été condamnés à huit mois de prison avec sursis.
Devant une salle comble, ils ont aussi dénoncé le « manque d’introspection » des militants qui « s’arrogent le droit de décider ou non de donner l’accès au produit létal, en ne disposant que de leur expérience personnelle et de leur parcours de vie » (cf. Ultime liberté : le refus de la vulnérabilité).
« Ces militants ne sont pas médecins »
Le jugement souligne en outre la « contradiction générale » des prévenus. « Ils indiquent à la fois que l’immense majorité des personnes qui se rapprochent de l’association sont âgées et malades et mettent en avant cette situation médicale (…) alors même que ces militants ne sont pas médecins, n’ont aucun moyen défini de s’assurer que les accompagnés ont bien été informés de toutes les alternatives thérapeutiques possibles, voire assument à la barre qu’ils n’ont pas à connaître les pathologies des adhérents » reprochent les magistrats.
Le fonctionnement d’une association qui « s’affranchit totalement de l’avis médical » et qui, « au-delà de quelques principes contenus dans sa charte », accorde une toute-puissance à ses membres a lui aussi été réprouvé (cf. « Notre action relève de la désobéissance civile » : 12 militants d’« Ultime Liberté » devant la justice).
Le tribunal n’a pas à s’ériger en législateur
« On n’a tué personne, on a simplement aidé. On a fait un geste d’humanité envers des personnes qui demandent » ose encore Claude Hury à l’issue du délibéré. Comme la plupart des prévenus, elle annonce vouloir faire appel de la décision.
Alors que le Sénat examine ce mois-ci les deux propositions de loi relatives à la fin de vie (cf. Fin de vie : les sénateurs « simplement » « dans le sillage de la loi Claeys-Leonetti » ?), la présidente de la chambre a rappelé aux prévenus qu’ils ne « peuvent attendre d’un tribunal correctionnel qu’il s’érige en législateur et anticipe sur l’avènement d’une loi » (Cf. Procès d’Ultime Liberté : « Nous ne sommes pas à l’Assemblée nationale, nous sommes dans une salle d’audience »). Durant les trois semaines d’audience, les militants avaient tenté de faire de leur procès une tribune en faveur de « la légalisation du suicide assisté et de l’euthanasie volontaire ».
Sources de la synthèse de presse : AFP (09/01/2026) ; Le Monde, Pascale Robert-Diard (09/01/2026)